Cliquez sur le titre de l'article ci-dessus pour l'afficher pleine page.Jim Harrison, Un bon jour pour mourir (1973), Robert Laffont (Coll. 10/18) 1985
Pourtant, il y a la pêche à la mouche. Elle est posée dans le roman comme une nécessité vitale, une thérapie, c'est une source d'eau fraîche dans la traversée du désert. Jim Harrison peint alors une aventure tragique à travers les grandioses paysages des États-Unis. Tim, c'est l'ancien du Vietnam, brutalisé par la guerre, une cicatrice aux couleurs changeantes selon les humeurs cercle son cou. Il écoute « Get Il while you can » de Janis Joplin, et entretient une relation distordue avec Sylvia qui semble croire à l'amour de Tim avec une sorte d'altruisme et de commisération naïve qui la consume petit à petit. Reste le narrateur, sans nom et sans travail, qui délaisse sa femme et sa fille et n'entreprend rien qui ne puisse durer dans le temps et les sentiments. Triste trio et pourtant porté par l'action, porté aussi par des quantités prodigieuses de bières, de cannabis, d'alcools divers et de drogues de toute sorte.
«Un barrage est diabolique, il humilie la nature » John Mc Phee, Rencontre avec l'Archidruide
L'auteur n'aime pas les eaux dormantes, il préfère les eaux vives (« les lacs et les eaux stagnantes m'ennuyaient profondément »). Jim Harrison leur porte une sorte de culte, un enchantement nourricier et poétique. Lorsque Sylvia se baigne dans la rivière, il la voit nageant sous l'eau, naïade aux jambes enluminées de miroitements, le ventre étincelant de gouttelettes « comme des petits miroirs dans la lumière du soleil ». Dans Théorie et pratique des rivières (1985), il chante la rivière dans un long poème qui sonne comme une transe verbale et physique à la fois. Il dessine des visions chamaniques, il voit le monde à travers la peau de l'eau réfractant la réalité comme une nouvelle cornée posée sur l'½il :
moires mouvantes de lumière
ancré au-dessus du train de bois
la nuit je vois la lune
en transparence au-dessus de l'eau
comme du lait éclaté... »
« La terre est ronde et chaque jour saigne dans le suivant » Jim Harrison (Off to the side, a memoir, 2002)
Jim Harrison trace avec Un bon jour pour mourir une odyssée américaine, un road movie passionnant mais aussi une déshérence tragique au fil de l'eau d'un trio qui finalement trouve son barrage sous un déluge de pluie. Les truites sont là et ne s'émeuvent jamais de ce que les hommes font. Elles se donnent au pêcheur à la mouche parce que lui aussi participe de la Nature et de son cycle. En ce sens, Jim Harrison indique que l'homme est véritablement lui-même lorsqu'il est au bord d'une rivière avec sa canne, ses mouches et les poissons.
Rub. : Livre de pêche
Articles précédents :
La femme truite de Vincent Lalu
La grande rivière au coeur double, Ernest Hemigway
L'enfant et la rivière d'Henri Bosco
L'enchantement de la rivière de Philippe Nicolas
Le Traité du zen et de l'art de la pêche à la mouche de John Gierach
Partie de pêche au Yemen de Paul Torday
Le Testament d'un pêcheur à la mouche de John D. Voelker
France
Belgique
Ptite Souris, Posté le mercredi 17 août 2011 02:35
Ouah, quelle critique ! En tout cas ça donne envie de lire le livre...